Esteban Ocon et Alpine : Une histoire qui se termine
- ecarliernews
- 28 juil. 2024
- 6 min de lecture

Il y a des histoires faites pour durer et d’autres faites pour se terminer. Après cinq ans ensemble, Esteban Ocon et Alpine vont tirer, en fin de saison, le rideau sur une collaboration commencée lorsque le pilote normand a rejoint une écurie alors appelée Renault, dirigée par Cyril Abiteboul.
Depuis, l’eau a coulé sous les ponts et les choses ont bien changé. La structure d’Enstone, désormais connue sous le nom d'Alpine, a modifié son organigramme à maintes reprises. Ce n’est plus Daniel Ricciardo qui mène l’équipe aux côtés d’Ocon, mais Pierre Gasly. Cependant, la position d’Alpine dans la hiérarchie n’a guère changé, ou plutôt, elle a empiré.
Une régression flagrante
Loin des ambitions clamées par l’éphémère PDG Laurent Rossi en 2021 de jouer les victoires d’ici 100 courses (environ cinq saisons), le A fléché végète à la 8ème place du classement avec seulement 9 points en 13 courses. En plus de cela, Bruno Famin et Esteban Ocon ont décidé de se séparer en fin de saison. Le pilote rejoindra Haas, une décision qui aurait été difficilement compréhensible l’an dernier encore, mais qui fait sens aujourd’hui.
Avec l’écurie américaine, en bataille pour la 6ème place avec une avance confortable sur Alpine, Esteban Ocon va retrouver une petite équipe, mais stable et bien organisée. “Il y a vraiment une personne qui décide et cela compte dans plein de choix techniques. Il n'y a pas 36 000 personnes en haut à qui demander la validation,” a déclaré le Français dans un entretien accordé à L'Équipe. “On n'est pas face à un truc qu'on demande et où l'on te répond : 'C'est pas fait parce que le gars il est parti en vacances'.”
Un tacle à peine dissimulé à Alpine, qui enchaîne les atermoiements depuis le début de la saison. Lors de la dernière manche à Budapest, l’équipe a gâché son week-end en réalisant une grosse erreur stratégique en qualifications qui a contraint Esteban Ocon et Pierre Gasly à partir de la dernière ligne.
La régression d’Alpine ces dernières années s'explique par une raison simple pour Ocon : le manque d’écoute des retours des pilotes. “J'aurais aimé bien sûr faire plus souvent des podiums ou des victoires. Je pense qu'on avait tous les outils pour, mais on n'a pas réussi à avoir ce cercle vertueux et technique. À certains moments, quand on faisait des remarques techniques, il n'y avait jamais un retour. Beaucoup de choses sont passées à la trappe malheureusement et n'ont pas été vues ni prises au sérieux. Que ce soit pour moi, que ce soit pour Fernando (Alonso), que ce soit pour Daniel (Ricciardo), et moi y compris, on n'a pas été écoutés. C'est pour ça que cinq ans après, sur cette voiture, il y a toujours certaines lacunes qu'il y avait quand je suis arrivé en 2020. En cinq ans, si on avait dû faire quelque chose, on l'aurait fait avant.”
Un avenir chez Haas
Esteban Ocon montre bien qu’après cinq ans, il ne croit plus du tout dans le projet vendu par Alpine, qui ne semble pas vraiment savoir quelle direction prendre non plus. Pierre Gasly a de son côté prolongé son contrat, mais l’identité de son futur équipier demeure une grande inconnue. Après cinq années passées au sein de Renault/Alpine, conclues par trois podiums et une victoire en Hongrie en 2021, Esteban Ocon s'envolera pour les États-Unis dès la saison prochaine. À la veille du Grand Prix de Belgique, dernière manche avant la traditionnelle trêve estivale, le Français a annoncé sa signature chez Haas. L'actuel pilote Alpine rejoindra donc Oliver Bearman à partir de 2025 et pour plusieurs années.
L'avenir d'Esteban Ocon était en suspens depuis plus d'un mois après l'annonce par Alpine que son contrat, qui arrivait à son terme à la fin de la saison, ne serait pas renouvelé, d'un commun accord. À son arrivée à Spa-Francorchamps, ce jeudi, il s'est livré sur le choix de sa future équipe.
"Il y a eu évidemment beaucoup de conversations dans le paddock. Celle-ci a commencé il y a assez longtemps déjà, vers le milieu de la saison 2023. Ayao [Komatsu, patron de l'équipe] m'a vraiment convaincu par ses mots. C'est une personne qui a beaucoup d'expérience dans la discipline et avec qui j'ai travaillé lors de mes premiers pas en Formule 1, lors de mes premiers tests il y a dix ans. Je le connais même depuis beaucoup plus longtemps que ça.
Lorsque nous nous sommes assis pour la première fois, il m'a expliqué ses plans pour l'avenir. Ils ont un objectif clair, qui est toujours de ne pas trop se dévoiler, ce que j'aime aussi. Mais ils ont également des plans très clairs pour améliorer leur situation, et ils commencent déjà à le faire, comme vous pouvez le voir cette année. Ils ont clairement amélioré leur performance et la voiture elle-même.
Les projets sont manifestement très ambitieux et très impressionnants pour l'avenir. C'est pourquoi c'est une décision que j'ai prise et dont je suis très heureux. Je suis très excité, c'est un grand défi, une nouvelle aventure pour moi, après cinq ans avec cette équipe [Alpine]. J'ai hâte de terminer cette saison en beauté, de faire de mon mieux pour l'équipe, et de commencer à collaborer l'année prochaine."
Les moments forts de sa carrière
Avec Alpine, l'aventure se termine sur une saison douloureuse, remplie de déceptions sur la performance de la monoplace et même de tensions en piste avec son coéquipier Pierre Gasly. Mais Esteban Ocon (27 ans) a aussi fait le bonheur de Renault au fil de cinq années qui n'ont rien eu d'un long fleuve tranquille. Alors qu'il rejoindra Haas en 2025, retour sur les trois podiums qui marquent la carrière du pilote français en Formule 1, riche de 146 Grands Prix avant celui de Spa-Francorchamps ce week-end.
Grand Prix de Sakhir 2020, 2e place
À l'arrivée, il effectue la célébration d'Usain Bolt, la marque des vainqueurs. Esteban Ocon n'a pourtant pas remporté le Grand Prix de Sakhir, le 6 décembre 2020. Sa deuxième place à Bahreïn derrière Sergio Perez lui donne quand même l'ivresse des sommets : pour la première fois depuis son arrivée dans le giron Renault quelques mois plus tôt, le Français monte sur le podium. Une récompense qu'il accueille avec énormément d'émotion après sa mise à l'écart de Force India fin 2018. “L'émotion m'a submergé à l'arrivée, raconte-t-il alors. D'habitude, je ne pleure pas pour rien, mais aujourd'hui, c'étaient des vraies larmes, qui sont venues pour une bonne raison.” Onzième sur la grille, Ocon effectue ce jour-là une course sans erreur, au contraire de la plupart des cadors qui se sont sabordés au fil des tours.
Grand Prix de Hongrie 2021, 1ère place
À 24 ans, Esteban Ocon devient au Hungaroring le premier pilote à faire triompher Alpine en F1. Ce 1er août 2021 survient aussi son premier succès à ce niveau, qui vient couronner une course maîtrisée sur une piste mouillée où un gros accrochage au départ lui permet de se retrouver deuxième derrière Lewis Hamilton (il partait 8e). Prompt à passer les pneus slicks, Ocon se retrouve en tête et résiste au retour de Sebastian Vettel. Il bénéficie ensuite du travail de Fernando Alonso qui joue l'équipier modèle pour contenir Hamilton. Le Normand s'impose en F1 329 jours après la victoire de Pierre Gasly à Monza. “J'ai pensé à l'équipe, qui a toujours cru en moi, savourait-il à l'arrivée. J'ai songé aussi à toutes les années de galères, de sacrifices, de travail dans l'ombre. À tous les efforts que je faisais. En me disant qu'ils allaient payer un jour.”
Grand Prix de Monaco 2023, 3e place
En arrivant dans la Principauté, Esteban Ocon rêve seulement d'un top 10, ce qu'il n'a pu réaliser au volant d'une Alpine en difficulté lors des sept premiers Grands Prix de la saison. Ce 28 mai 2023, le Français va faire beaucoup mieux, déjà en se qualifiant en quatrième position (il partira même 3e après une pénalité de Charles Leclerc). En course, il réalise un sans-faute sous la pluie et décroche la troisième place, derrière Max Verstappen et Fernando Alonso. “Tout a bien fonctionné en course malgré le piège de la météo et le coup de museau de Carlos Sainz sur l'arrière de la voiture d'Esteban qui aurait pu tout gâcher,” se satisfait Otmar Szafnauer, le directeur d'Alpine. Ocon est le premier Français présent sur le podium de Monaco depuis Olivier Panis, vainqueur en 1996 avec Ligier.
Ainsi, Ocon quitte Alpine avec des souvenirs marquants mais aussi une grande frustration, prêt à entamer un nouveau chapitre chez Haas, où il espère trouver une structure plus à l'écoute et performante.
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